Ceci est un article publié au sein dossier Multiplexes à Rennes-Métropole publié au sein journal Particule, #2.

Illustration affiche cinéma Arvor Rennes

Autopsie d'un meurtre prémédité

Pour les défenseurs des multiplexes, l'apparition d'un nouveau supermarché du cinéma ne causerait pas de tort aux petits commerces de quartier et d'art et essai. Le multiplexe créant sa propre demande, il ne concurrencerait pas les cinémas du centre ville. Cet argument partial et partiel, masque les mécanismes à l'œuvre dans l'industrie cinématographique.

Illustration article agence immobilière

Touche pas à ma pelloche !

Le nombre de copies allouées à chaque ville ne va pas se multiplier à chaque fois que les promoteurs font pousser des multiplexes. Or, le directeur du cinéma de quartier ne fait pas le poids dans les négociations pour l'attribution des pellicules aux différentes salles face au gérant du multiplexe qui peut offrir cent fois plus de garanties en termes de bénéfices et de diffusion.

Pas de pelloche, pas de cinéma de quartier

Du même coup, les cinés d'Art et Essai sont eux aussi en danger. Le problème : si ces cinés s'en sortaient jusque là, c'est bien parce qu'ils pouvaient compter sur certaines copies de films relativement grand public. Projeter « Gladiator » ou bien « Dancer in the dark » pendant une semaine, ça permet à un ciné de remplir une salle de 100 places plusieurs fois et donc de pouvoir se permettre de projeter en parallèle des films d'auteur qui n'attireront qu'une dizaine de spectateurs par séance.

On retire aux cinés d'art et essai les pelloches de films grand public et le cinéma d'auteur meurt par la même occasion.

« Mais non, rétorquent les gros multiplexes parce que nous, on va en projeter, des films d'auteur ». Ben oui, eux, ils peuvent se le permettre, vu qu'ils disposent d'un nombre astronomique de salles, alors si une est presque vide quand les onze autres sont combles, qu'est ce que ça peut leur faire …

On retire aux cinés d'Art et Essai les pelloches des films indépendants, ben voilà, il ne leur reste plus qu'à fermer, comme à Metz où Strasbourg, dont les cinémas indépendants désertent le centre ville.

La culture est-elle une marchandise ?

Les groupes responsables de la multiplexisation du pays tendent à maîtriser de plus en plus la chaîne du film, de sa production à sa (télé)diffusion. Vivendi est ainsi l'un des premiers producteurs Français par l'intermédiaire de Canal+, et le premier distributeur, via UGC. Avec la disparition lente mais sure des cinémas indépendants, le marché du cinéma devient de plus en plus oligopolistique, en témoigne la fusion Gaumont/Pathé. L'offre cinématographique dépend donc d'un nombre de plus en plus réduit de décideurs moins préoccupés par la qualité artistique des films que par leur potentiel commercial.

En fait, au delà de ces considérations marketo-économiques qui aboutissent à la disparition logique et quasi simultanée des cinés de quartier et d'art et essai, l'enjeu, c'est aussi la définition du cinéma. Est-ce que le cinéma est un bien de consommation comme un autre, qui s'achète en même temps qu'un giant pepsi et un medium pop corn ; ou bien est ce que le cinéma est un bien culturel, la diffusion d'une œuvre sur grand écran à laquelle on assiste avec respect et religiosité. Peut-être que le cinéma c'est un peu des deux, maintenant. En tout ce n'est ni totalement l'un (trop vulgaire), ni radicalement l'autre (trop élitiste). La solution c'est donc la diversité des genres ; or, avec les multiplexes, c'est la monochromie et la médiocrité du cinéma assurées. On vous aura prévenus.

François-Xavier Drouet et Muriel Joly

Encadré

Rennes métropole, district, l'agglomération : en gros la ville de Rennes et les communes avoisinantes, dont Betton, Pacé et Chantepie.

CDEC : Commission départementale d'équipement commercial, composée du maire de la commune de l'implantation, du maire de Rennes, du président de la communauté de communes, et des chambres de commerce, de métiers et des consommateurs, elle donne le feu vert à l'implantation. En cas de refus, les promoteurs peuvent faire appel devant la CNEC.

CNEC : Commission nationale d'équipement commercial, son avis l'emporte sur celui de la CDEC.

ZAC : Zone d'aménagement concertée, l'agglomération en compte une vingtaine.

CGR : 4ème distributeur français

particule/archives/2/autopsie_d_un_meurtre_premedite.txt · Dernière modification: 2019/01/07 11:13 (édition externe)
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